Caporal MARTIN Aloïs.

89_Martin_A_portrait

 

Le Caporal Martin Aloïs, Jacques, naît à Belfort le 20 décembre 1904.
Entré au Corps le 06 mars 1928, il est nommé 1ère classe le 06 mars 1932, Caporal le 15 décembre 1938.
Pendant la guerre, il occupe la fonction de chef du poste du quartier des Forges.

Résistant de la première heure, il appartient au mouvement « Libération Nord », et membre du « Groupe Ferrand. »
Arrêté le 27 janvier 1944 à Montbéliard alors qu'il est en mission de liaison « Ferrand - Stocbroker » avec son ami Marcel Schwimmer. Tous deux tombent dans une souricière tendue par les Allemands sur le lieu du rendez-vous.

Fusillé le 26 février 1944 à 07 h 29 à la citadelle de BESANÇON, il est le premier Sapeur Pompier du Corps Mort pour la France en tant que Résistant.

Il est inhumé au cimetière de Brasse à Belfort.

Voici la dernière lettre qu'écrit le Caporal Martin et dont une copie figure dans les archives du Corps.

« Ma chère femme bien-aimée,
     C'est aujourd’hui que je t'écris ma dernière lettre, car je dois mourir ce matin à 7 heures, après avoir tant espéré; mais avant de mourir, je ne t'oublie pas, et surtout ton homme qui t'as toujours aimé, qui t’a toujours été fidèle, pense souvent à celui qui a été ton soutien dans petite vie. Cependant, j'aurais voulu avant de mourir te serrer dans mes bras et t'embrasser une dernière fois ainsi que mes enfants que j'ai tant aimés; embrasse bien Marie-Louise, Armand, André, qui ne verront plus leur Papa.
     Adieu à vous tous mes chéris, celui qui pense une dernière fois à vous. Aloïs. »

Le Caporal Martin est décoré de la médaille de la Résistance à titre posthume.

Lieutenant Henri DESHAIE.

 Henri Deshaie-2

nne 

     Il est issue d' une famille où l'on est Sapeur Pompier de père en fils. Né le 3 décembre 1902 à Belfort, il est le fils du Commandant Edouard Deshaie.
     Henri Deshaie entre au Corps le 17 avril 1921. Il est nommé Caporal le 6 juin 1926, Sergent le 11 novembre 1928 et Sous Lieutenant le 14 mars 1930.

     Lorsque la guerre éclate, il gère avec son frère Charles, la scierie familiale au lieu-dit le Martinet sur la commune d'Offemont. Scierie qui sert de P. C. et abrite des Résistants.
     Le Lieutenant Deshaie appartient au mouvement « Libération-Nord » et membre du « Groupe Ferrand », tout comme son frère Charles. Il participe à de nombreuses actions de ce groupe.

     Il hisse plusieurs fois le drapeau français au Trou du Diable sur les glacis du château qui domine le quartier du Fourneau. Ironie, les pompiers sont réquisitionnés pour l'enlèvement.

Il est arrêté le 1er septembre 1944.

     Le 5 septembre, il se trouve déjà dans un wagon du convoi I. 285 qui, au départ de Belfort va conduire 176 hommes au camp de Buchenwald, lorsque des Allemands (S.D. Dijon) viennent le rechercher. (Témoignage de Louis Bertrand qui est dans un wagon voisin.)

Où est-il conduit? Probablement au siège du S.D.

     Je ne retrouve sa trace que le 13 septembre, date à laquelle il est interné par le S.D. Dijon à la caserne Friedrich. Il est inscrit entrant à 16h00 dans la cellule 60. Motif: « Unterstützung der Résistanz. » - Soutien à la Résistance

     C'est finalement le 3 octobre 1944 à 19h00, qu'il quitte définitivement Friedrich. Le registre d'écrou porte la mention: « Durch S.D abgehölt. » - Retiré par le S.D

Kiki_Deshaie_Friedrich

     Il prend place dans un wagon du convoi I. 289 qui, de Belfort, conduit 60 hommes au camp de Buchenwald. A son arrivé le 6 octobre, il reçoit le matricule N° 54615. Il est ensuite affecté au kommando de Langensalza. Une petite ville où une ancienne usine textile est convertie en fabrique de munitions et pièces détachées pour avions.

     Le 7 avril, devant l'avance des forces alliées, des Déportés de Buchenwald sont évacués par un train sur le K.L de Dachau.
Il s'agit du terrible « Convoi C  »
     Sur les 5009 Déportés présents au départ dans les wagons, 816 survivants sont enregistrés à l'arrivée à Dachau. La moitié décède immédiatement ou dans les premiers mois après leur libération. Au 01 janvier 1946, ils ne sont plus que 400 ...

     Voici le témoignage d'un compagnon de déportation, adressé à Charles Deshaie et conservé dans les archives du Corps. Il relate les circonstances de la mort du Lieutenant Deshaie.

« Epernay, 6 octobre 1945.
Cher Monsieur,

     J'ai bien reçu votre lettre du 1er et croyez bien que je suis désolé de vous avoir fait chercher après moi si longtemps. Ayant déjà écrit à plusieurs services de Croix Rouge et services de Déportés ainsi qu’à la radio, j'attendais une réponse.
     Étant revenu assez mal en point, j'ai du me soigner et j'avais perdu une bonne partie de ma mémoire. Ce n'est que par correspondance avec un camarade du kommando de Langensalza que j'appris qu'il était de Belfort.
Henri Deshaie, votre frère, était avec moi à Langensalza, kommando de travail situé à 40 Km de Buchenwald.

     Évacués ensemble jusqu’à Buchenwald, le 5 ou 6 avril, 4 jours après, nous repartons par wagons à marchandises direction Dachau et c'est dans ce transport, le 20 dans la nuit, au cours d'une colère habituelle de notre gardien qui tira au jugé dans la masse que votre frère fut blessé d'une balle en séton au-dessus du genou droit qui déclara la 1ère hémorragie.

     Avec des morceaux de ma manche de chemise je le bandais. Il tint encore lors d'un transfert de wagon, mais le 27, étant trop malmené, une deuxième hémorragie advint. Considérablement affaiblis, nous arrivons en gare de Dachau le 29.

     J'essaie de le transporter mais il est trop faible et je n'en aurais pas eu la force. Sur l'ordre des S.S, nous devons le laisser dans le wagon, d'où quelques heures plus tard (subtilité S.S) un kommando venait avec des voitures le chercher. Quand je le retrouverai environ 2 heures après dans les douches où nous étions entassés, votre pauvre frère ne vivait déjà plus.

     Deux jours après, les Américains délivraient le camp, ce qui me permet de croire que votre pauvre frère a du être inhumé dans un cimetière de là-bas, hélas sans matricule puisque nous étions désinfectés et rhabillés depuis Buchenwald.

    Croyez que j'ai joint là tous les détails possibles pouvant vous guider. Et je ne crois pas qu'il vous soit possible d'en avoir plus car je connaissais très bien « Kiki » et c'est de tout mon cœur. que je tiens à vous aider.

     Je joins à cette lettre le carnet de notes qu'il m'avait confié lors du pansement de sa seconde hémorragie. Je ne connais pas le docteur Leguerry et n'en ai jamais entendu parler.
     Avec ces quelques renseignements, recevez, Monsieur, mes sincères condoléances et mes salutations distinguées. »

Le Lieutenant DESHAIE repose dans une fosse commune de Dachau.

Il est décoré de la médaille de la Résistance à titre posthume.
Titulaire egalement des décorations suivantes:
     - Médaille d' Honneur en bronze des Sapeurs Pompiers décret 26-2-1931;
     - Médaille d' Honneur en bronze de la Mutualité 26 juillet 1933;
     - Chevalier du Mérite social 25 octobre 1936;
     - Médaille d' Honneur argent des Sapeurs Pompiers 1 décembre 1943.

Caporal Georges BLIND. Un « Fusillé souriant  » internationalement connu. *

90_Blind_G_portrait

 

     Un jour d'octobre 1944, un homme se tient seul debout, face à d'autres hommes qui forment un peloton d'exécution. Cette scène se passe au Fort blanc du château de Belfort.
     En ces temps de douleurs, tortures déportations et exécutions sommaires se déroulent journellement en France et ailleurs en Europe. Comme la majorité d'entre-elles, cette scène devait rester anonyme, si une photographie ne dévoilait un fait étrange:
     Face à la mort, l'homme souriait.

91_Blind_G_sourire

 

     Sourire énigmatique qui allait devenir une légende, et l'homme le Fusillé souriant.

BLIND Georges, Charles, Louis naît à Belfort le 17 novembre 1904.

     Entré au Corps le 10 janvier 1929, il est nommé 1ère classe le 6 mars 1932, Caporal le 15 décembre 1938 puis Caporal Infirmier le 14 avril 1940.
     A ce titre il occupe principalement son service à « la sanitaire », le V.S.A.B de l'époque.

     Georges BLIND est aussi un sportif accompli. C'est donc logiquement qu'il intègre l'équipe de gymnastique du Corps.

     Pour avoir une idée des qualités professionnelles du Caporal Blind, prenons connaissance d'une lettre que lui adresse le Maire de Belfort en date du 8 décembre 1941:

     « Il vient de m'être signalé que le 3 décembre dernier, appelé pour porter secours à une personne asphyxiée par le gaz d'éclairage, vous avez réussi après 1 heure et demie d'efforts à ranimer la victime portant ainsi au total de 21 le nombre des succès enregistrés à votre actif.
     La Municipalité tient à vous exprimer toute sa satisfaction devant ce résultat et je me fais avec plaisir son interprète pour vous exprimer à l'occasion de ce 21ième sauvetage nos très vives félicitations. »

     Mais ces qualités et la confiance de ses supérieurs s'expriment également au travers de la note de service concernant l'instruction que fait paraître le chef de Corps, le 15 décembre 1941.

     « Le Caporal infirmier Blind prendra en charge en tant que Moniteur principal, les séances d'instructions théoriques et pratiques sur:
     - Les secours aux asphyxiés, électrocutés et noyés;
     - Le fonctionnement et l'utilisation des appareils de réanimation;
     -Le fonctionnement et l'utilisation des appareils d'exploration en atmosphère dangereuse.

     En cas d'intervention, le Caporal infirmier Blind se fera accompagner par un ou deux aides suivant un ordre établi à l'avance parmi les sapeurs qu'il aura reconnus aptes. »

     En fait, le Chef de Corps donne carte blanche à son subordonné. Le Caporal BLIND est promis à une belle carrière si les circonstances n'en décidaient autrement.

    Depuis le 18 juin 1940, les troupes allemandes occupent Belfort. Quelques mois plus tard, les premiers signes d'une opposition à l'occupant apparaissent, embryon de la Résistance.

     En août 1940, Georges Blind fait parti du groupe de Belfortains qui met à l'abri la statue de Miss Cawell. Pour qui connaît l'histoire de cette infirmière britannique, ce geste est un symbole fort.
Puis, il devient membre du « Groupe Ferrand  »

     Les témoignages d'après guerre font mention qu'avec l'ambulance, les Sapeurs Pompiers effectuent nombre de transports de responsables de la Résistance, personnes recherchées, armes, renseignements, journaux clandestins. Nul doute que Georges Blind participe activement. En dehors de sont métier, il aide bénévolement le Secours Populaire dans ses oeuvres de bienfaisance.

     Le 14 octobre 1944, Georges Blind est à son domicile rue de la Marseillaise et se prépare à partir pour prendre son service de nuit au poste central quand la Feldgendarmerie vient l'arrêter. A 20h00, il pénètre dans la cellule 34 de la caserne Friedrich.

92_registre_d_ecrou

 

     C'est entre les 15 et 23 octobre qu'il devient le héros de la photographie, simulacre d'une exécution, qui fait le tour du monde dés 1945.

93_Blind_G__original

 

Il ne sait pas, il ne saura jamais qu'il vient d'entrer dans l'Histoire...

     Cette photographie est présente dans beaucoup d'ouvrages car devenue un symbole de la Résistance au nazisme en France et à l'étranger. Sans doute pour le sourire et peut-être parce que personne ne connaissait ni le lieu où elle est prise et encore moins le nom du Résistant ...

     Georges Blind quitte la caserne Friedrich le 24 octobre 1944 à 17 h 00 pour être déporté au camp de concentration de Dachau où il arrive le 29 octobre après être passé par le camp de sûreté (Sicherungslager) de Schirmeck- La Broque.    

     Le 24 novembre 1944, 1014 déportés du camp de Dachau sont sélectionnés et partent au camp d’Auschwitz. Parmi eux, 863 Français dont Georges Blind, André Hatier et Marcel Dejean. Ce convoi est aujourd’hui connu sous le nom de « Convoi des Vosgiens (1). »
     Ils arrivent à Auschwitz le 26 novembre au soir. Douche, tatouage du matricule sur l'avant bras gauche. Puis ils sont enfermés dans une baraque. Dans l'après midi suivant, une autre sélection est faite par les S.S. Georges, André, Marcel ainsi que 77 autres « Vosgiens » partent pour Blechammer où ils parviennent au camp « Judenlager » la nuit du 29 au 30 novembre.

94_entree_blechammer_1945

A sa rentrée de Déportation, Monsieur André Hatier affirme que Georges Blind, qu'il connaît depuis Belfort, entre immédiatement à l'infirmerie et qu'il est le seul à le faire cette nuit là. Il ajoute qu'il apprend le décès de Georges quelques jours plus tard.

95_blechammer_aerien
Photo offerte par M. Joël Swindlehurst U.S.A

Jusqu'en 2002, ce témoignage est unique.
     En 2003, Mesdames Marie-Claire Blind, Evelyne Py (2) et moi reprenons les recherches. Nous retraçons exactement le parcours de Georges Blind et retrouvons des survivants.

     Avec son accord, nous pouvons citer le témoignage de Monsieur Marcel Dejean. Il précise qu'il ne se souvient ni de Georges Blind, ni de André Hatier. C'est en 1945, à son retour des camps qu'il écrit son récit de Déportation (3).
Il décrit ainsi l'arrivée à Blechammer:

     « On nous dirige immédiatement vers les douches. On se déshabille, se douche, on est désinfecté comme d'habitude et passons la visite médicale. Ces formalités une fois accomplies, nous partons en rang vers notre block.
     Les quatre vingt,
moins un admis à l'infirmerie, sont mis dans la même chambre. »

     Ainsi dés 1945, Monsieur Dejean écrit qu'un seul Déporté entre à l'infirmerie la première nuit, confirmant sans le savoir le témoignage que André Hatier fait plus tard. Mais il va plus loin. Il précise:    

     « Le lendemain le médecin S.S vient passer la visite avec deux médecins Déportés, parlant français. Suite à cette visite, quelques-uns des nôtres sont hospitalisés, notamment pour un cas de scarlatine. Cette scarlatine contraint les autorités du camp à nous mettre en quarantaine. Pendant trois semaines, les soixante dix qui restent en provenance du block 25 de Dachau vont vivre ainsi dans l'étroit espace de leur chambre. »

     Monsieur Dejean et d'autres Vosgiens survivants sont formels. Personne parmi eux n’a revu ces dix Déportés. Aucun décès n'est enregistré parmi les 70 Vosgiens restant jusqu’à l'évacuation du camp le 21 janvier 1945.

     Parmi les Déportés déjà présents au Judenlager de Blechammer lorsque arrivent Georges et ses compagnons, nombreux sont les Juifs de France. L'un d'eux se nomme Jules Fainzang (4). Il est infirmier auxiliaire le soir à l'infirmerie.

     Lui aussi écrit un témoignage qui donne probablement la clé de la disparition de Georges et de ses neufs camarades.
Il écrit:

    « Un soir, en rentrant du chantier, nous avons la surprise de découvrir parmi les nouveaux arrivés un groupe de Français. Ce sont des Résistants Vosgiens.
     A cette époque, une vingtaine de nos camarades est isolée
au fond du block des malades* car soupçonnés d'avoir attrapé le typhus. Ayant déjà eu cette maladie, le docteur Hyrsz décide
donc que, si le typhus est bien confirmé par les laboratoires, je resterai en quarantaine avec les isolés.
     Très tard, je vois arriver le S.S. Mueller qui ressort avec le docteur Yvanter. Tous deux, discutent longtemps en faisant des allers retours entre l'infirmerie et la baraque sanitaire. *
     Le lendemain matin, nous sommes frappés par la découverte de la mort de tous nos camarades soupçonnés d'avoir le typhus... Nous sommes chargés de les transporter au four crématoire...
     Le soir nous apprenons par le docteur Yvanter que c'est le S.S Mueller qui les a assassinés par piqûres.

96_blechammer_batiment_crematoire_1945

97_blechammer_bat_crema_aujourd_hui

     Monsieur Jules Fainzang certifie qu'il n’a jamais vu de Déportés Vosgiens à l’infirmerie.

Cela implique donc que Georges est ses neuf camarades soient placés dans la baraque sanitaire.

     Qu'aucun transport de malades ou autres Déportés n'est effectué sur Auschwitz entre l'arrivée des Vosgiens et l'évacuation du camp en janvier 1945.
     Aujourd’hui, nous avons ce que l'on appelle une intime conviction (le terme est important puisque nous n'avons pas retrouvé de témoins de la scène) sur deux points:
     - Georges Blind présente à son arrivée au camp les symptômes d'une maladie contagieuse.
     - Georges Blind et ses neuf autres camarades sont assassinés par injection dés leur arrivée à la baraque sanitaire, probablement dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944.

Aujourd'hui, le Fusillé souriant n'est plus un inconnu grâce à James Wood et Christophe Grudler.(5)
Il se nomme Georges Blind, Caporal Infirmier au Corps de Sapeurs Pompiers de Belfort.
Nommé Sergent F.F.I à titre posthume.
Décoré de la médaille Militaire, de la Croix de Guerre 39 – 45, de la médaille de la Résistance, de la médaille d'Argent avec rosette des Sapeurs Pompiers.

Si le Fusillé souriant est aujourd’hui identifié, cela ne change rien au fait que cette photographie

Est et Doit rester Un symbole de la Résistance.

97_blechammer_monument

 

Résistant, Mort pour la France.
« Symbole de tous les Héros
Et de tous les Martyrs,
Riait à la France
Riait à la Liberté
Riait à la Paix. »

Vous qui lisez ces lignes, rappelez-vous que:
     - La scène représente un simulacre d'exécution.
     - Toutes dénominations sur le lieux de cette scène ne faisant pas mention du « Fort blanc du château de Belfort » ou « Fossés du château de Belfort » sont erronées.
     - Seul le parcours de Déporté de Georges Blind décrit ci-dessus est réel et vérifié.
     - Toutes mentions sur le Caporal Georges Blind, autre que celle de Résistant français, et tendant à le rattacher à une religion, un parti politique ou une idéologie ne sont que pures spéculations. Rédigé avec l'approbation de M. Jean Blind, lui aussi ancien Déporté, fils de Georges Blind.

     * L'histoire du Caporal Blind est le résumé de recherches collectives faites pendant de longs mois. Des anciens Déportés: Messieurs Blind Jean, Clogenson, Colin, Dejean, Fainzang, Leboube.

Des amies: Madame Evelyne Py, fortement impliquée dans la Mémoire de la Résistance et de la Déportation. Ses relations, ses connaissances ont été essentielles. Madame Marie-Claire Blind, petite fille de Georges Blind.

1 « Mémorial des Français non-Juifs Déportés à Auschwitz, Birkenau et Monowitz. » par Henri Clogenson et Paul Le Goupil.

2 E. Py: site Web: www. memoire-net.org

3 Marcel Dejean a enfin accepté de publier son manuscrit. « Avoir 20 ans dans les camps nazis. » Éditions Mémoire d'Hommes.

4 J.Fainzang: « Mémoire de Déportation. » Ed. L’Harmattan.

5 C. Grudler: « Le fusillé souriant – Histoire d'une photo. » Ed. A Sutton.

Merci à Monsieur Jacques Lahitte, qui de Pologne m'a envoyé les photographie du camp.
Merci également à Monsieur Joel Swindlehurst (U.S.A). Historien du 463rd B.G. qui m'offre les photographies aériennes du camp, prises part le 1/Lt Leroy J. Swindlehurst (1921-1950) Navigator, 772nd SQ.

 

Pour terminer ce chapitre, il est normal de rendre hommage au fondateur du Groupe Ferrand.

Le Capitaine (E.R) Maurice Ferrand est né à Héricourt (70) le 18 octobre 1881.

     Arrêté le 13 septembre 1943 pour le motif d'activités anti-allemande. Transféré d'abord au camp de Compiègne, puis déporté le 17 janvier 1944 par le convoi I. 171 qui arrive au camp de Buchenwald le 19 janvier 1944. N° matricule 41263.

     Le Capitaine Ferrand a connu la libération du camp et l'Armistice du 8 mai. Mais trop malade, il est dirigé sur l'infirmerie du centre de rapatriement de Nuremberg. Il y décède le 13 mai 1945.

Inhumé dans un premier temps au cimetière sud Friedorf de Nuremberg. Au titre de la restitution des Corps des victimes de guerre, il est inhumé le 26 janvier 1950 au cimetière de Bellevue à Belfort.

ferrand_tombe

Lettre adressée à Madame Ferrand.
« 20 juin 1945.
     Madame,
     Je viens de recevoir votre lettre qui m’a profondément touché. J'ai connu, hélas bien trop tard le Commandant Ferrand qui était un grand patriote digne du nom de Français et permettez-moi de vous présenter toutes mes condoléances et soyez sur que je partage votre immense douleur.
     Un soir du mois de mai, environ le six, le Capitaine d'aviation Fayoole Gaston, camarade de M. le Commandant Ferrand, me confia le Commandant qui était dans un état de faiblesse extrême, ne pouvant plus aller coucher que soutenu par ses camarades. Je le fis admettre immédiatement à l'infirmerie du centre des rapatriements de Nuremberg à la S.S caserne ou il fut admis de suite et un médecin français et un allemand le consultaient et leur diagnostique laissait un grand espoir de pouvoir le ramener prés de vous et de ses chers fils dont il me parla si souvent les larmes dans les yeux et au bout de quelques jours de son séjour à l'infirmerie, j'obtenais du commandement américain un avion sanitaire pour le dimanche 13 mai à 15 heures qui devait le ramener jusqu’à Belfort et je devais l'accompagner jusqu’à vous.
     Hélas, dans la nuit du 12 au 13 mai, l'état de santé empira et les médecins et infirmières, ainsi que moi, nous passâmes la nuit prés du Commandant que l'on fut obligé de soutenir par piqûres. Le cœur. étant dans une faiblesse extrême et durant cette nuit toutes ses dernières pensées et paroles furent pour vous et ses enfants.
     Le matin, étant allé prendre un peu de repos, l'infirmière me fit appeler d'urgence, il était 9 heures du matin.   

     Je me rendis en toute hâte à son chevet. A 9h20, une dernière piqûre lui fut faite qui le soulagea et quelques instants après son regard se dirigea vers moi et il me réclama, d'une voix faible, ses fils et vous-même, puis sa tête retomba sur mon épaule. Tout était fini de cet Officier français que nous pleurions tous. Aussitôt je lui fermais les yeux et fit recouvrir son corps du drapeau tricolore. Je prévins de suite les autorités américaines (officiers) qui se hâtaient de venir saluer leur camarade français qui venait de mourir.
     Je fus chargé des obsèques du Commandant qui fut veillé par ses camarades français, prisonniers libérés et le lundi 14 mai à 14h15, le cercueil contenant les restes de notre chef et camarade quittait, regretté de tous, l’infirmerie. Un détachement de soldats américains et de prisonniers français lui rendirent les honneurs puis il fut conduit au cimetière (sud Friedorf) de la ville de Nuremberg où il repose malheureusement loin de son pays et de sa chère famille, mais heureusement ayant connu la libération après 21 mois de souffrance, chose qu'il souhaitait tant.

     Sa tombe se trouve dans le carré 83, immatriculation 421. Si vous désirez des renseignements sur sa vie au camp de Buchenwald et sur sa libération, adressez-vous à son camarade de souffrance quotidienne, le Capitaine Gaston Fayoole, ............. Paris.
     Si toutefois vous désirez vous rendre sur sa tombe et ayez besoins de renseignements complémentaires, je suis à votre entière disposition. Je termine cette triste missive en vous renouvelant, Madame, ainsi qu’à …
(illisible), mes sincères condoléances.
                                                                          Signé : L. D.

 

 

 

Tous droits réservés - 2009 - Patrice PRUNIAUX.